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A la conquête de la ville souterraine

La thèse de Michael Doyle est la quatrième à s’inscrire dans le projet «Deep City». Alain Herzog / 2017 EPFL

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A la conquête de la ville souterraine

Un chercheur de l’EPFL a affiné une méthode visant à mieux planifier le développement souterrain des villes dans le monde entier. Son étude, alliant géologie et économie, permet d’apporter de la cohérence à la densification en sous-sol tout en protégeant les ressources naturelles.

Les villes ont tendance à s’étendre en surface ou à se densifier en hauteur. Leurs sous-sols, eux, restent souvent méconnus et ignorés des plans d’aménagement du territoire. Les urbanistes ne s’y intéressent donc qu’occasionnellement, lors de la construction d’un métro ou d’un passage souterrain. Avec parfois des catastrophes à la clé: inondations souterraines, pollution de sources d’eau potable, conflits d’usages…

Michael Doyle vient de terminer sa thèse au Laboratoire d’économie urbaine et de l’environnement (LEURE), dirigé par Philippe Thalmann. Durant quatre ans, il a cartographié les sous-sols de villes aux contextes politiques, économiques et géologiques très différents: San Antonio, au Texas, Hong Kong, en Chine et à Dakar, au Sénégal. Pour y parvenir, il s’est servi d’une méthodologie développée à l’EPFL par le géologue et professeur honoraire Aurèle Parriaux, la méthode «Deep City». Celle-ci vulgarise des cartographies géologiques complexes afin d’aider les villes à anticiper leur extension en sous-sol et à protéger les ressources naturelles qui s’y trouvent.

Potentiel souterrain de la presqu’île de Dakar. Rouge = élevé, bleu = faible. Michael Doyle/EPFL

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Cartographies simplifiées

Affinant la méthode existante au fil de ses voyages, Michael Doyle a développé un système de coefficient pour chaque ressource souterraine: l’eau, l’espace, la géothermie et les matériaux existants, de façon à aider les décideurs à choisir les meilleurs emplacements pour des développements souterrains. Résultat: ces cartographies simplifiées se sont révélées applicables dans tous les contextes économiques et politiques, de Dakar à Hong Kong, en passant par le Texas.

Ces documents doivent surtout permettre aux urbanistes de planifier en amont les constructions les plus cohérentes entre elles tout en protégeant les ressources souterraines: associer, par exemple, un métro à un système de géothermie, anticiper les risques liés à l’infiltration des eaux souterraines ou à leur contamination lors de la construction d’un tunnel ou, encore, recycler les matériaux excavés. «La construction en sous-sol n’offre pas de deuxième chance, contrairement à un bâtiment que l’on peut détruire ou rénover, il est donc essentiel d’anticiper», rappelle Aurèle Parriaux, auteur de la première version de la méthode «Deep City».

Montréal, une réussite économique

En parallèle de l’aspect géologique des villes citées, le chercheur s’est intéressé aux sous-sols de Montréal et à son centre-ville. En particulier, à la contribution de la partie souterraine de la ville au succès économique de ses espaces commerciaux. Dans son étude, Montréal est en effet apparue comme un modèle de réussite: ses axes en sous-sol obtiennent un taux de fréquentation similaire toute l’année, hiver comme été. «Les corridors piétons offrent une vraie complémentarité aux rues en surface, il n’y a donc pas de compétition entre les deux espaces», explique le chercheur, citant une autre étude sur le cas montréalais.

Sa propre contribution dresse une cartographie des espaces commerciaux intérieurs et extérieurs de la ville et propose une analyse mêlant économie et étude spatiale des loyers commerciaux. Cette carte identifie les critères d’accessibilité et les atouts de localisation qui assurent la réussite économique d’une ville qui comprend un important espace souterrain. L’étude permet ainsi de mieux comprendre l’importance du rapport entre les espaces commerciaux en surface et ceux situés dans les «entrailles» de la ville.

La thèse de Michael Doyle est la quatrième à s’inscrire dans le projet «Deep City», un domaine interdisciplinaire démarré en 2005 sous l’impulsion du PNR54 du Fonds National Suisse. Le chercheur espère bientôt la présenter à la ville de Lausanne qui s’est déjà montrée intéressée à la consulter.

source: The Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL)

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